Le syndrome du savant acquis

Le syndrome du savant acquis pose aux scientifiques des questions vertigineuses. Il arrive que des personnes ayant une déficience mentale grave, comme un trouble autistique, ont un « îlot de génie » qui contraste nettement avec leur handicap global. Statistiquement, il semblerait qu’une personne autiste sur 10 possède des capacités remarquables à des degrés divers. Le film Rain Man, en 1989, a fait découvrir ces « autistes savants » dotés de capacités extraordinaires.

Le neurologue Bruce Miller est directeur du centre de la mémoire et du vieillissement de l’Université de Californie à San Francisco (UCSF), où il traite des personnes âgées souffrant d’Alzheimer et de troubles psychotiques. Il a remarqué que ses patients développent de nouveaux talents artistiques au fur et à mesure que leur état neurologique se dégrade. Pendant que la démence détruit les zones de leur cerveau associées au langage, au traitement cognitif supérieur et aux normes sociales, leurs compétences artistiques se développent de manière exceptionnelle.

Mais il y a des cas encore plus troublants, qui nous font considérer notre cerveau comme un territoire encore largement méconnu.

Un article de la BBC décrit des cas de personnes ayant développé des facultés scientifiques ou artistiques exceptionnelles après un traumatisme crânien grave qui a provoqué des lésions sévères d’une ou de plusieurs parties du cerveau.

Après ce traumatisme crânien peuvent apparaître de façon tout à fait inattendue de nouvelles facultés cognitives qui peuvent parfois s’avérer exceptionnelles, aussi bien dans des domaines artistiques (musique, dessin, peinture, créativité…) que scientifiques (calcul, géométrie, analyse…).

Les personnes atteintes de ce syndrome pourront, par exemple, résoudre des équations mathématiques très complexes, écrire des symphonies, dessiner avec précisions des paysages uniquement d’après leur mémoire ou parler une dizaine de langue parfaitement, tout en étant souvent très handicapées dans leurs relations sociales ou dans leur vie de tous les jours, même dans leurs gestes les plus simples. Leurs nouvelles capacités sont souvent sans commune mesure avec leurs capacités intellectuelles qu’elles avaient auparavant.

En voici quelques exemples tirés de la littérature scientifique :

  • un adolescent est devenu capable de jouer de plusieurs instruments de musique sans y avoir jamais été formé ;
  • un jeune homme s’est transformé en virtuose du piano alors qu’il ne jouait pas de cet instrument auparavant ;
  • un chirurgien s’est transformé en compositeur et donne des concerts ;
  • un garçon de 10 ans a acquis une mémoire phénoménale des événements ;
  • un ancien vendeur de meubles est devenu capable de dessiner des figures géométriques complexes et de résoudre des équations mathématiques…

Comment expliquer de tels changements de capacité cognitive, et d’une manière quasi instantanée ?

Il semble que cela soit la destruction des neurones touchés par l’accident qui déclencherait un remaniement cérébral exceptionnel, avec la création de très nombreuses nouvelles connexions. Faisant suite, le plus souvent, à un dysfonctionnement majeur de l’hémisphère gauche, ce remaniement cérébral post-traumatique aurait pour conséquence l’activation de zones cérébrales normalement dormantes car inhibées.

Plus précisément, les chercheurs pensent que les dégâts cérébraux provoqués par le traumatisme crânien sévère chez la personne entraînent la libération massive de neuromédiateurs (substances chimiques assurant la transmission de l’influx nerveux d’un neurone à un autre). C’est la destruction des neurones touchés par l’accident, associée à une augmentation phénoménale en neuromédiateurs du milieu interstitiel (liquide dans lequel baignent les cellules) qui serait à l’origine d’un remaniement cérébral exceptionnel (création de très nombreuses connexions nouvelles).

Dans une synthèse des recherches sur le syndrome de savant acquis, le psychiatre et chercheur américain Darold A. Treffert (à qui l’on doit l’expression « ilôt de génie », titre de l’un de ses livres) conclue : « Ces cas de syndrome de savant acquis évoquent la possibilité d’un potentiel caché en chacun de nous. »

Ces cas exceptionnels viennent confirmer deux notions essentielles à propos du cerveau :

  • la première est sa sous-utilisation habituelle, avec l’existence de nombreuses zones inhibées qui ne s’expriment pas (elles sont inhibées par d’autres zones actives qui sont dominantes) ;
  • la seconde est sa plasticité, c’est-à-dire sa capacité à évoluer en créant de nouvelles connexions (synapses), et cela pratiquement à tout âge.

Les cas de syndrome du savant acquis suite à un traumatisme cérébral obligent également à remettre en cause l’hypothèse d’une acquisition des compétences intellectuelles pendant l’enfance. Ces compétences pourraient aussi être innées ou acquises de façon inconsciente et latente en chacun de nous.

Certains théosophes y verront une preuve des « annales akashiques ». Ou les adeptes du trans-humanisme pourront rêver de devenir des sur-hommes. Une chose est sûre, c’est que cela pose des questions actuellement sans réponse claire.

Bruno Hourst

Ressources

Savant Syndrome Overview

The mystery of why some people become sudden geniuses – BBC

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