Le cerveau des adolescents – 2

Dans un précédent billet, nous avons vu que le cerveau des adolescents n’était pas un fleuve tranquille, mais plutôt un torrent tumultueux. Et que le cerveau de l’être humain est mature relativement tard, plus tôt chez les filles que chez les garçons.

Intéressons-nous à quelques comportements communs chez les adolescents, pour mieux les comprendre. Soyons conscients que ces comportements s’expliquent en général par des raisons biologiques, mêmes si des problèmes psychologiques peuvent s’y rajouter.

  • L’attraction pour la nouveauté. Les adolescents sont particulièrement attirés par les extrêmes de la nouveauté. La nouveauté influence la chimie de leur cerveau et fait grimper chez eux le taux de certains neurotransmetteurs comme la dopamine et la noradrénaline. Ils choisissent des récompenses immédiates et de courte durée plutôt que des récompenses sur un plus long terme ou différées. Leurs lobes frontaux incomplètement développés ne jouent pas encore leur rôle de garde-fou pour leur éviter les comportements imprudents. Leur gestion des risques n’a rien à voir avec celle d’un adulte. Et l’influence du groupe, très forte à cette âge-là, peut leur faire prendre collectivement des décisions prises par les plus impulsifs d’entre eux.
  • Le manque de planification et la difficulté à se projeter dans l’avenir. Les adolescents ont de la difficulté à anticiper les conséquences de leurs comportements, toujours à cause de leurs lobes frontaux immatures. Ils ne voient pas très bien les options. Ils sont facilement désorientés lorsqu’ils sont sous stress et planifient rarement plus d’une action à la fois. En général, les adolescents ont beaucoup de mal à se projeter dans l’avenir, et cela leur pose beaucoup de problèmes. Leur cerveau n’est tout simplement pas suffisamment mature.
  • La bouillie émotionnelle. Les adolescents tentent en permanence de comprendre et de gérer leurs émotions, en particulier celles déclenchées par leurs hormones en ébullition. Ils ont des difficultés à décoder leurs émotions, à choisir de bons amis et à sortir de leur monde intérieurs de sentiments.
  • La moralité du groupe. Les adolescents graviront leur échelle morale personnelle dans la mesure où leurs lobes frontaux se développeront. Pour développer une morale claire et des orientations éthiques, on a besoin d’expériences de la vie réelle et de réfléchir sur ces expériences. Mais les adolescents passent en moyenne de 28 à 32 heures par semaine avec comme seul interlocuteur une machine électronique (ordinateurs, iphone, jeux vidéos, télévision), la plupart du temps sans supervision. Pour équilibrer cela, ils recherchent souvent un groupe d’amis, même si leur influence est négative. Ils sont plus susceptibles de s’engager dans des comportements à risque lorsqu’ils sont en groupe que seuls.
  • Les déséquilibres chimiques. Les adolescents font face à un énorme risque de déséquilibres chimiques, qui peuvent conduire à des troubles du comportement et de la personnalité tels que l’anxiété, la dépression, le stress, les troubles de l’alimentation et des modifications de leur cycle de sommeil. Les causes de ces déséquilibres chimiques peuvent être nombreuses : drogues, alimentation, environnement, etc. Les adolescents sont plus vulnérables à ces déséquilibres que les adultes, et ont peu de capacités d’adaptation.
  • La dépendance aux drogues. Les adolescents sont extrêmement vulnérables à la dépendance et, comparés aux adultes, ils sont moins conscients des effets de l’abus de drogues. Leur dépendance est plus difficile à rompre. Ils considèrent les drogues pour la plupart comme inoffensives, et ont tendance à croire qu’ils peuvent survivre à n’importe quoi.

La tendance naturelle du cerveau des adolescents est d’explorer, de prendre des risques et de se socialiser. Pas besoin de les forcer à cela, c’est naturel chez eux. Le rôle du parent ne peut être qu’un rôle de médiation. Il s’agit de leur apprendre à gérer les risques, de rester impliqué dans leur vie sans leur couper les ailes, de poser des questions et de réduire les possibilités d’activités dangereuses. Il faut bien garder à l’esprit que leur cerveau n’est pas encore adulte, et qu’ils ne prendront en général pas de décisions mesurées et réfléchies. Pour aider le cerveau des adolescents à se développer, guidez-les à travers cette période dangereuse avec précaution, attention, amour et implication.

Bruno Hourst

Ressources

The adolescent brain

Emotional and cognitive changes during adolescence

Youth Risk Behavior Surveillance

Enriching the brain, d’Eric Jensen

Comment mieux comprendre son adolescent (en comprenant son cerveau)

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