Un fait-divers tragique aux États-Unis, en 1964, a fait émerger un concept devenu un classique de la psychologie sociale : « l’effet du témoin » (the bystander effect).
Ce jour-là, Kitty Genovese, une jeune femme de 28 ans qui revenait de son travail de nuit comme barmaid, a été sauvagement attaquée une première fois, a agonisé pendant plus d’une heure avant d’être à nouveau attaquée une deuxième fois par le même agresseur, sous les yeux de plusieurs voisins qui n’ont rien fait : ni appelé la police, ni aidé ou défendu la jeune femme.
L’affaire – et surtout le comportement des voisins – ont alimenté la polémique pendant de nombreux mois dans la presse américaine. Depuis, de nombreux artistes ont utilisé ce fait divers : films, chansons, livres et romans policiers, pièces de théâtre.

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L’« effet du témoin » (ou « effet de spectateur », ou « apathie du spectateur ») est un phénomène psychologique social dans lequel les individus sont moins susceptibles d’offrir de l’aide à une victime lorsque d’autres personnes sont présentes. Plus le nombre de spectateurs est élevé, moins il est probable que l’un d’entre eux puisse aider.
Plusieurs facteurs contribuent à l’effet de spectateur, notamment l’ambiguïté, l’effet de groupe et la diffusion de la responsabilité.
Par exemple, on constate ce comportement lorsque plusieurs personnes sont témoins d’un événement grave ou d’un accident, mais où personne n’appelle la police, supposant que quelqu’un d’autre va le faire ou l’a déjà fait ; ou bien ne fait rien, car ne se sentant pas concerné.

En 1968, les chercheurs John Darley et Bibb Latané ont démontré pour la première fois l’effet du témoin en laboratoire. Les résultats détaillés figurent dans leur ouvrage « The unresponsive bystander : Why doesn’t he help ?  » paru en 1970.

Les recherches de ces auteurs ont confirmé que la probabilité de secourir une personne en détresse est plus élevée quand l’intervenant se trouve seul que quand il se trouve en présence d’autres personnes. Pour eux, cet effet contre-intuitif s’explique par la dilution de responsabilité qui se met en place parmi les personnes présentes, et par le fait que la perception et la réaction des témoins sont affectées par la présence des autres.
Il ne faudrait pas chercher bien loin dans notre vie de tous les jours pour trouver des variantes de cet effet du témoin : soit nous considérons que cela ne nous concerne pas, soit nous pensons que d’autres ont déjà pris en charge la situation.

Bruno Hourst

Références
Effet du témoin
Bystander Effect