Chez les jeunes – et les moins jeunes – il est courant d’entendre dire que le cannabis est une drogue inoffensive, a « safe drug », en particulier par rapport à l’alcool et au tabac. Statistiquement, il semble qu’un-tiers des élèves de secondaire aient fumé de l’herbe et moins de la moitié des jeunes de 17 ans pensent que fumer du cannabis est nocif.

Les chercheurs ne sont pas de cet avis. Ils ont constaté que le cerveau de l’adolescent, dans cette période importante de son développement, est particulièrement vulnérable aux facteurs environnementaux tels que l’exposition aux drogues. Parmi les drogues illicites, le cannabis est la plus utilisée par les adolescents car elle est perçue par beaucoup comme étant peu nocive. Cette perception a conduit un nombre croissant d’États à approuver sa légalisation et son accessibilité accrue. La plupart des débats et des décisions politiques qui ont suivies concernant le cannabis semblent avoir été réalisés sans tenir compte de son impact sur l’une des populations les plus vulnérables – à savoir les adolescents – et sans tenir compte des données scientifiques.

La docteur Yasmin Hurd et ses collègues ont étudié les données de plus de 120 études pour déterminer la relation entre l’usage du cannabis et le cerveau des adolescents. Les résultats de cette compilation d’études ont été publiés dans la revue Neuropharmacology. Les chercheurs constatent en particulier que le cannabis peut être nuisible pour certains adolescents vulnérables, ce qui peut entraîner des problèmes de comportement et de dépendance. L’un des auteurs de l’étude, Didier Jutras-Aswad, a expliqué : « Il ressort clairement des données scientifiques que le cannabis n’est pas inoffensif pour le cerveau des adolescents, en particulier pour ceux qui sont les plus vulnérables d’un point de vue génétique ou psychologique. »

Dans une autre étude menée par Madeline Meier et publiée dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences, 1 037 Néo-Zélandais ont été suivis de la naissance jusqu’à l’âge de 38 ans. Cette étude a montré que l’usage prolongé de cannabis était associé à un déclin cognitif au fil des ans. Plus inquiétant, ces problèmes se sont poursuivis même après l’arrêt de l’usage de drogues.

Les problèmes de mémoire, à court et à long terme, sont fréquemment associés à la consommation de cannabis. Une autre étude s’est intéressée plus précisément au lien possible entre consommation de cannabis et mémoire. Cette étude a cherché à examiner la littérature spécifique des 10 dernières années concernant la mémoire chez les consommateurs de cannabis dans le but d’identifier l’existence et la nature des troubles de mémoire chez ces personnes. Aux résultats, l’étude a montré que la consommation sur le long terme de cannabis peut endommager les mécanismes d’encodage, de stockage, d’utilisation et de récupération de la mémoire.

Les adolescents, en particulier ceux qui ont des vulnérabilités particulières comme la névrose et l’anxiété, doivent être conscients que la consommation de cannabis n’est pas aussi inoffensive que beaucoup le supposent.

Bruno Hourst

Références
Trajectory of adolescent cannabis use on addiction vulnerability
Teen Myth : Marijuana is a ‘Safe Drug’
Personality may explain the association between cannabis use and neuropsychological impairment
The chronic effects of cannabis on memory in humans : a review