Vers le minimalisme digital – Partie 1

Un thème est très à la mode sur Internet : comment ne pas perdre son temps sur Internet. On frise la schizophrénie.

Il est vrai que les écrans ont envahi notre vie, qui pourrait dire le contraire ? Nous y sommes accros, à des degrés divers. Et cela intéresse les chercheurs, depuis de nombreuses années (les responsables politiques : beaucoup moins)
Il est assez facile de sortir des statistiques effrayantes prouvant que les écrans nous pourrissent la vie – mais qu’est-ce que cela changera ? Nous continuerons à (trop) surfer sur Internet, à porter à la main notre téléphone portable de peur de manquer d’une seconde la lecture du prochain SMS que nous recevrons, et nous continuerons à participer activement à de (trop) nombreux réseaux sociaux au détriment de… notre vie sociale.

Quelques statistiques tout de même. Holly Shakya de l’UCSD (University of California, San Diego) et Nicholas Christakis de la Yale University ont mené une étude sur plus de 5200 personnes, pour étudier la relation entre l’emploi de Facebook et le bien-être des personnes. Leur conclusion : « Nos résultats montrent que, dans l’ensemble, l’utilisation de Facebook était associée négativement au bien-être. » Et cette étude a été publiée par The American Journal of Epidemiology, revue particulièrement sérieuse dont le but est d’étudier les maladies – ici, l’usage de Facebook étant donc assimilé à une maladie.

Et pour ceux qui ont grandi dans un monde dominé par les écrans, c’est encore pire. Les adolescents américains passent en moyenne neuf heures par jour à consommer des médias. Et les taux de dépression et de suicide ont explosé. On aimerait dire qu’il n’y a pas de rapport de cause à effet entre les écrans, les dépressions et les suicides. Pourtant la chercheuse et psychologue Jean Twenge, de l’UCSD, confirme : « Une grande partie de cette détérioration peut être attribuée à leur téléphone. »

Alors, que faire ? L’Américain Cal Newport (né en 1982, donc tombé dans les écrans quand il était petit, et professeur d’informatique à l’université de Georgetown, USA) veut commencer une révolution. Il appelle cela le “minimalisme digital“. Il ne s’agit pas de mettre tous les écrans à la poubelle. Il s’agit de contrôler la façon dont nous utilisons les technologies – afin qu’elles ne nous contrôlent pas. Et il en a fait un livre : Digital Minimalism: Choosing a Focused Life in a Noisy World que l’on pourrait traduire par : Le Minimalisme digital : Recentrer sa vie dans un monde agité. Et il lance un manifeste.

1. Le manifeste du minimalisme digital
1.1 Utiliser les appareils lorsque nous avons un but précis
Nous ne prenons pas un marteau à moins qu’il y ait un clou à proximité : prendre le marteau a un but spécifique. Ce n’est pas le cas avec les écrans. Nous faisons la queue ? Nous regardons notre téléphone. Nous allons aux toilettes ? Nous prenons notre téléphone (et parfois il tombe dans les toilettes). Il y a un blanc dans la conversation avec notre conjoint ? Nous prenons notre téléphone. Nous l’utilisons sans but spécifique.

Cal Newport nous propose de ne l’utiliser que dans un but précis. Il nous propose « une philosophie de l’utilisation des technologies selon laquelle vous concentrez votre temps en ligne sur un petit nombre d’activités soigneusement choisies et optimisées pour les choses que vous appréciez ».

1.2 Faire les meilleurs choix, pas les choix les plus faciles

Nos appareils offrent de nombreux avantages. Mais nous avons souvent du mal à trouver un équilibre optimal entre ces avantages et le prix que cela nous coûte. Les médias sociaux peuvent nous rendre heureux, mais le temps passé avec quelqu’un de réel nous rend plus heureux, et l’un se fait généralement au détriment de l’autre. Mais les médias sociaux sont plus pratiques. Donc, nous ne faisons pas le meilleur choix : nous faisons le choix le plus facile. Et c’est dommage.

1.3 Prendre conscience de la dépendance

Tous ces outils technologiques se sont rapidement imposés. La plupart d’entre nous n’ont pas pris le temps de décider de la place qu’ils occupent dans nos vies pour qu’ils ne deviennent pas envahissants. C’est de la dépendance.

Écoutons Cal Newport :

« Ceux qui suivent un minimalisme digital considèrent les nouvelles technologies comme des outils à utiliser pour des choses qu’ils apprécient vraiment – et non comme des signes extérieurs de valeur. Ils sont intéressés par l’utilisation de nouvelles technologies de manière très sélective et intentionnelle, à forte valeur ajoutée. Et un point important : ils se fichent de rater tout le reste. »

Vous demandez-vous parfois à quoi vous avez passé votre journée ? Pourquoi vous avez l’impression que vous n’avez jamais assez de temps ?

L’amusant, c’est que nous pourrions revenir 2000 ans en arrière et nous rappeler ce que disait déjà Sénèque dans son petit texte De la brièveté de la vie, qui pourrait avoir été écrit hier :

« Ce n’est pas que nous disposions de très peu de temps, c’est plutôt que nous en perdons beaucoup. (…) Ainsi en est-il : la vie qui nous échoit n’est pas brève, nous la rendons brève ; elle ne nous fait pas défaut, nous la gaspillons. (…)

On est vigilant quand il s’agit de conserver son patrimoine, mais dès qu’il s’agit de perdre son temps, on est particulièrement prodigue du seul bien qu’on s’honorerait de garder jalousement. »

Alors que faire ? Il n’y a pas de pilule miracle que nous pourrions avaler pour nous affranchir des écrans envahissants. Et qui dit dépendance dit cure de désintoxication. Nous verrons cela dans le billet suivant.

Bruno Hourst

Ressources

Association of Facebook Use With Compromised Well-Being: A Longitudinal Study

Digital Minimalism: Choosing a Focused Life in a Noisy World

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