Pour fixer le salaire d’un PDG, quels facteurs prendre en compte ? On pourrait en imaginer un certain nombre, mais il est peu probable que l’on fasse intervenir ses compétences en golf. Et pourtant...
Une intéressante étude a été menée par Robin M. Hogarth de l’Universitat Pompeu Fabra (UPF) de Barcelone (Espagne). Cette étude a examiné la corrélation entre les capacités de jouer au golf (leur handicap) et la rémunération d’un nombre important de PDG américains – ces données sont librement disponibles aux États-Unis. Cette étude a constaté trois choses :

  • lorsque ses capacités en golf s’améliorent, le salaire du PDG augmente. Les non-golfeurs sont, en moyenne, les PDG les moins bien payés de tous.
  • que plus un PDG était bon en golf, moins il était performant.
  • que lorsque des golfeurs peu compétents professionnellement sont nommés PDG, il y a des réactions favorables sur le cours des actions de l’entreprise. Autrement dit, dans l’esprit des actionnaires, être bon au golf est associé à un meilleur salaire, alors qu’en réalité, cela est associé à de moins bonnes performances !

D’une certaine manière, les actionnaires supposent que quand quelqu’un est bon au golf, il doit aussi être bon dans d’autres domaines, comme diriger une multinationale, et ainsi doit être payé davantage. On est ici dans le cas d’une corrélation illusoire  : ce biais cognitif qui consiste à percevoir une corrélation entre deux événements, corrélation qui n’existe pas ou qui est bien plus faible en réalité.

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Les chercheurs canadiens David Hamilton et Robert Gifford ont mené dans les années 80 des expérimentations sur ce biais cognitif. En voici un exemple, qui montre avec quelle facilité l’esprit saute aux mauvaises conclusions.

Imaginez que l’on vous présente des informations sur deux groupes de personnes dont vous ne savez rien. Appelons-les les Azaléens et les Bégoniens.
Pour chaque groupe, on vous donne une liste de comportements positifs et négatifs. Un bon comportement pourrait être : un Azaléen a été vu aider une vieille dame à traverser la rue. Un mauvais comportement pourrait être : un Begonien a uriné dans la rue.

Donc, vous lisez cette liste de bons et de mauvais comportements à propos des Azaléens et des Bégoniens et ensuite vous portez un jugement à leur sujet.
En fait, les Bégoniens vous semblent douteux. Ce sont eux qui sont le plus souvent trouvés en train de faire des actions asociales. Les Azaléens, en revanche, forment un groupe plus sain, certainement pas irréprochable, mais globalement de meilleures personnes. Vous avez le sentiment d’avoir porté un jugement juste en vous appuyant sur des faits avérés.
Et puis voilà que vous tombez de haut : les chercheurs vous expliquent que le rapport entre les bons et les mauvais comportements chez les Azaléens et les Bégoniens était exactement le même. Pour les Azaléens, 18 comportements positifs ont été listés avec 8 négatifs. Pour les Bégoniens, c’était 9 positifs et 4 négatifs : un rapport identique.
En réalité, vous aviez juste moins d’informations sur les Bégoniens. Vous avez construit une corrélation illusoire entre des mauvais comportements plus fréquents et les Bégoniens.

Quand l’expérience est terminée, vous découvrez que la plupart des autres personnes ont fait exactement la même erreur que vous, concluant que les Bégoniens étaient des personnes pires que les Azaléens. Dans cette expérience, les gens avaient des perceptions différentes des deux groupes simplement parce qu’ils avaient plus d’informations sur l’un des groupes.

Il n’est pas difficile de voir que ce genre de processus peut contribuer à la formation de préjugés : lorsqu’on ne parle que des mauvaises actions d’une minorité appartenant à un groupe, on a tendance à généraliser un jugement négatif à l’ensemble du groupe.

Les psychologues ne sont pas d’accord sur la façon d’expliquer ces corrélations illusoires. Quelle que soit l’explication, nous pouvons en voir partout – et en faire nous-même !

Bruno Hourst

Références
Illusory Correlation in the Remuneration of Chief Executive Officers : It Pays to Play Golf, and Well
Illusory Correlations : When The Mind Makes Connections That Don’t Exist