Participant un jour à une émission de RFI sur le thème de l’autorité parentale, le sujet des châtiments corporels a été évoqué, et des auditeurs ont participé en direct au débat sur ce sujet. Plusieurs auditeurs, en particulier d’Afrique et d’Amérique latine, disaient en substance : « J’ai été élevé à coups de fouet, et je continue à élever mes enfants à coups de fouet. Tout le monde fait comme ça ici, j’estime avoir été bien élevé. Où est le problème ? ». Et j’entends aussi un manager bien français me disant, avec une certaine fierté : « C’est à coups de ceinture que mon père a fait de moi un homme ».

La controverse sur les châtiments corporels à donner aux enfants pour les éduquer est vieille comme le monde. Rappelons tout de même que tout châtiment corporel infligé à un enfant est interdit par la loi française, même si l’application de cette loi reste essentiellement symbolique et si le Conseil constitutionnel a supprimé ce passage de la loi pour « vice de procédure administrative ».

Plutôt que de rentrer dans cette controverse sociétale et légale, demandons leur avis aux chercheurs qui ont étudié le sujet de la fessée.
Le professeur Straus a dirigé une compilation de 40 ans de recherches sur plus de 7000 familles américaines, combinées à des données provenant de 32 pays différents. Cette compilation de recherches a montré que 90% des études sur la fessée aboutissent à la conclusion que c’est mauvais pour les enfants.

Le professeur Straus a expliqué :
« Les recherches montrent que la fessée corrige les mauvais comportements des enfants. Mais elles montrent aussi que la fessée ne fonctionne pas mieux que d’autres modes de correction, comme un période de mise à l’écart, l’explication ou la privation provisoire des privilèges de l’enfant. De plus, la recherche montre clairement que les gains de la fessée coûtent très cher. ». Donner des fessées à un enfant favorise chez lui des comportements antisociaux et ralentit son développement. En particulier, les enfants qui subissent des fessées présentent :

  • un développement mental plus faible,
  • des liens émotionnels plus faibles entre les parents et les enfants,
  • un risque accru que l’enfant batte d’autres enfants,
  • un risque accru que l’enfant batte plus tard son conjoint.

Les auteurs de la compilation concluent en disant qu’il n’y a probablement aucun autre domaine concernant l’éducation des enfants dans lequel les résultats de la recherche sont si clairs.
Le professeur Straus a ajouté :
« Plus de 20 nations interdisent maintenant la fessée par les parents. Il y a un consensus émergent sur le fait que c’est un droit humain fondamental pour les enfants. L’ONU demande à toutes les nations d’interdire la fessée. »

Bien entendu, des parents peuvent toujours penser que les chercheurs ont tord, ou bien que ce ne sont pas eux qui doivent gérer des enfants turbulents, et qui continueront à frapper leurs enfants au nom du « Je n’en suis pas mort », ou du « Tout le monde fait comme ça ». Le Conseil constitutionnel pourra toujours arguer de « vice de procédure administrative » pour laisser autorisée une pratique que les chercheurs condamnent. Il y aura toujours des personnes pour affirmer que la Terre est plate, et non ronde.

Bruno Hourst

Références
The Primordial Violence

Source
Spanking Children Promotes Antisocial Behaviour and Slows Mental Development