Il y a plus de 20 ans, je présentais dans Au bon plaisir d’apprendre, différentes techniques de mémorisation basées sur la création d’images mentales, et en particulier celle dite de « Cicéron » ou des « loci » (locus, loci : le lieu, pour les forts en latin). La légende veut que Cicéron l’utilisait pour mémoriser ses discours, mais c’est Simonide de Céos, 400 ans auparavant, qui semble en être l’inventeur.

Décrite et abondamment utilisée jusqu’au Moyen-Age, elle fut jugée impie par les Jésuites, qui tentèrent de l’interdire. En effet, pour que la technique soit efficace, les images mentales utilisées doivent être inhabituelles, humoristiques, obscènes ou violentes – donc sacrilèges.
Tombée en désuétude, cette technique (dite également du « Palais de la mémoire ») est à nouveau à l’honneur – et est devenue à la mode, car utilisée par les champions de la mémoire qui s’affrontent lors de compétitions où les concurrents doivent retenir le plus grand nombre de mots.

Les chercheurs se sont intéressés à cette technique, en étudiant le cerveau en action de ces champions de la mémoire. Si la structure cérébrale des champions ne différait pas de celle des personnes à la mémoire moins développée, les connexions entre les diverses zones de leur cerveau se sont avérées différentes.

Dans une étude dirigée par Michael Greicius de l’Ecole de Médecine de Stanford, trois groupes de volontaires – non entraînés à des techniques de mémorisation – ont suivi un entraînement quotidien spécifique pendant six semaines. Ils ont d’abord tous passé un test de mémorisation. Puis le premier groupe a suivi un cours de six semaines de formation sur la méthode des loci. Le deuxième groupe a reçu six semaines de formation à une technique pour améliorer leur mémoire de travail. Le troisième groupe n’a reçu aucune formation à la mémorisation.
Ensuite, les trois groupes ont passé un test de mémorisation de 72 mots, recommencé avec d’autres listes de 72 mots après 20 minutes, 24 heures et quatre mois après.
Les capacités de mémorisation des participants formés à la méthode des loci se sont améliorées de façon spectaculaire. Ils pouvaient se rappeler presque autant de mots que les athlètes de la mémoire, même quatre mois après avoir terminé l’entraînement. Et les schémas de connectivité de leur cerveau, sous IRM, ressemblaient plus à ceux des athlètes de la mémoire qu’ils ne l’étaient avant l’entraînement.

La conclusion des chercheurs est donc que la mémoire s’entretiendrait et se travaillerait. En employant les techniques adéquates, il est ainsi possible d’augmenter considérablement ses capacités de mémorisation.
De nombreux articles, aux titres tapageurs, se sont basés sur cette étude, présentant la technique des loci comme une avancée majeure pour nous donner une mémoire exceptionnelle. Et en omettant de dire que cette technique a plus de deux mille ans...

Bruno Hourst

Références
Memorization tool bulks up brain’s internal connections
Comment avoir deux fois plus de mémoire ?