En 2016 est parue une méta-étude (c’est-à-dire la synthèse de plusieurs études) dirigée par Aron Sherry, de l’Université de Loughborough (Grande-Bretagne). Cette publication a donné lieu à quelques articles dans des revues françaises grand public. Cette méta-étude s’intéressait à l’idée d’installer dans les classes des pupitres permettant aux élèves d’être debout plutôt qu’assis, ce que l’on appelle en anglais des « standing desks ».
Les conclusions de cette méta-étude étaient encourageants, tant sur la santé physique des élèves que sur un meilleur développement et une meilleure utilisation de leurs capacités cognitives – ils apprenaient mieux.
J’ai cherché si des études avaient été réalisées en France par l’Éducation Nationale pour évaluer cette manière d’organiser les classes. Je n’ai rien trouvé. Peut-être que des expérimentations sont en cours mais leurs résultats ne sont pas encore publiés. Ou bien cela n’intéresse pas les responsables et les décisionnaires. L’enjeu est pourtant intéressant.

Rappelons les éléments-clés de cette méta-étude, puis intéressons-nous à une étude néo-zélandaise et à une étude américaine sur le sujet.

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Le contexte
L’environnement de la salle de classe classique impose aux élèves de rester essentiellement assis pendant des périodes prolongées. Intuitivement, lorsque l’on est enseignant, on a bien le sentiment que ce n’est pas une manière idéale d’organiser une classe, mais comment faire autrement, avec des classes où s’entassent plusieurs dizaines d’élèves ? Tout élève debout est en général considéré comme un élève perturbateur.
Deux questions peuvent être posées :

  • est-ce que cette manière de faire nuit à la santé des élèves ?
  • est-ce que cette manière de faire permet de développer de manière optimale leurs capacités cognitives ? Dans cette démarche, nous postulons que les élèves doivent être à l’intérieur d’une salle de classe. Il n’est pas envisagé ici des classes « hors les murs », qui est une autre démarche pédagogique.
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Les résultats de la méta-étude
L’objectif de la méta-étude était d’évaluer l’impact de pupitres permettant aux élèves de travailler, au moins partiellement, debout.
Onze études sur le sujet ont été retenues, concernant des élèves de 5 à 18 ans. Des comparaisons ont été faites avec des groupes témoins ou en comparant la situation en classe avant et après l’introduction de « standing desks ».
Les chercheurs ont constaté des points nettement positifs (comme une meilleure dépense énergétique, permettant de lutter contre l’obésité infantile). Concernant la qualité de l’apprentissage des élèves, ils ont constaté que les « pupitres debout » ne nuisaient pas à l’apprentissage, mais qu’il fallait des études plus vastes et sur une plus longue période pour en confirmer l’intérêt sur la réussite scolaire.

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Les résultats de l’étude néo-zélandaise
Une autre étude sur le même sujet a été menée par deux chercheurs néo-zélandais, Erica Hinckson et Tom Stewart, de l’Université de Technologie d’Auckland (Nouvelle-Zélande). Cette étude a duré 22 semaines, et les enfants (âgés de 10 ans) ont été évalués au début, au milieu et à la fin de l’étude. Ils ont constaté que les élèves appréciaient cette manière de travailler, et que cela avait un impact positif sur leur santé (moins de sédentarité). Là encore, ils n’ont pas trouvé de preuves d’amélioration substantielle des résultats scolaires, mais ont constaté que cela ne nuisait pas à la qualité de l’apprentissage. Et ils ont rappelé le caractère réduit de leur étude.

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Une autre étude américaine
Ranjana Mehta, professeur de santé au travail et de santé environnementale à l’Université A&M du Texas – l’une des meilleures universités des États-Unis –, a également dirigé une étude sur le sujet. Une traduction en français de son article est disponible, voir en Ressources.

Si cette étude confirme l’intérêt des « bureaux debout » pour lutter contre la sédentarité, elle s’est intéressée plus précisément aux résultats cognitifs.
En voici les points-clés :

  • Les études sont unanimes : il existe un lien entre l’inactivité et les problèmes de santé, dont les maladies cardiaques, le diabète et l’hypertension. Mais la plupart de ces études portent sur des adultes dans un environnement professionnel et soulignent les conséquences néfastes de la position assise sur la santé. D’où la mode des bureaux debout en entreprise.
  • Ces dernières années, de nombreux chercheurs se sont penchés sur l’utilisation de pupitres debout à l’école à la place des traditionnels pupitres. Les résultats sont prometteurs mais, jusqu’à présent, les chercheurs ont surtout envisagé ces bureaux comme un moyen de combattre les comportements sédentaires : différentes études ont démontré que ces « bureaux debout » permettaient de brûler des calories : les élèves brûlent entre 15 et 25% de calories supplémentaires dans les classes équipées de bureaux debout – une manière de lutter contre l’obésité infantile.
  • Ces « bureaux debout » favorisent également une meilleure attention (12% de plus), améliore les capacités cognitives (7 à 14% de plus).
  • Il a été constaté chez des élèves de Seconde un amélioration significative des fonctions cognitives et de la mémoire de travail.

Les auteurs concluent : « Des recherches plus poussées pourraient inciter les responsables politiques, les professionnels de la santé et les directeurs d’établissement à mettre en œuvre des modifications simples et durables dans les salles de classe, afin de généraliser l’exercice physique, de stimuler le développement cognitif et d’améliorer les résultats scolaires. »

Bruno Hourst

Références
The effects of standing desks within the school classroom : A systematic review
Modifying the classroom environment to increase standing and reduce sitting
Être debout en classe pourrait aider les enfants à apprendre
Letting kids stand more in the classroom could help them learn