Les neuroscientifiques ont découvert que la lecture d’un roman peut modifier le cerveau à différents niveaux, psychologiquement et neurologiquement. Une étude, menée à l’université Emory (Atlanta, USA) et intitulée « Effets à court et à long terme d’un roman sur la connectivité cérébrale » a été publiée dans la revue Brain Connectivity.
Un roman – Pompéi, de Robert Harris - a été donné à lire à 21 étudiants. Les cerveaux des participants à l’étude ont été scannés tous les jours, pendant 19 jours consécutifs, montrant des changements neurologiques notables, qui ont persisté plusieurs jours après que les participants aient fini de lire le roman.
La connectivité accrue a été observée dans les zones du cerveau associées au langage : le cortex temporal gauche. Ce qui est plus surprenant, c’est que les scans ont également révélé une plus grande activité dans la zone du cerveau responsable des sensations et du mouvement, le cortex somato-sensoriel.
Les chercheurs ont ainsi non seulement découvert que le fait de s’absorber dans un roman améliore la connectivité dans le cerveau, mais également que la lecture d’une fiction améliore la capacité du lecteur à se mettre à la place d’une autre personne et à faire travailler l’imagination d’une manière similaire à la visualisation dans le sport – par exemple, le fait de s’imaginer jouer au basket-ball active les neurones associés à l’acte physique de jouer au basket-ball.
L’auteur principal de l’étude, Berns, a expliqué : « Même si les participants ne lisaient pas le roman pendant qu’ils étaient dans le scanner, ils conservaient cette connectivité accrue acquise lors de la lecture du roman. Nous appelons cela une « activité de l’ombre » (shadow activity), presque comme une mémoire musculaire.
Gregory Berns a également commenté :
« Les changements neuronaux que nous avons trouvés associés à la sensation physique et aux mouvements suggèrent que la lecture d’un roman peut vous transporter dans le corps du protagoniste. Nous savions déjà que les bonnes histoires peuvent vous mettre dans la peau de quelqu’un d’autre au sens figuré. Maintenant, nous voyons que quelque chose peut aussi se produire biologiquement. »
Ainsi, si la lecture d’un bon roman peut laisser sa marque psychologiquement dans l’esprit, elle peut aussi marquer biologiquement le cerveau.

Mais qui lit des romans à notre époque ?
Les habitudes de lecture ont évolué à l’ère numérique. Statistiquement, on achète actuellement plus de livres de fiction que de livres de non-fiction. « Les gens sont intéressés par l’évasion, explique Carol Fitzgerald du Book Report Network. En un certain nombre de pages, l’histoire va s’ouvrir, évoluer et se fermer, vous avez une évasion encapsulée que vous pouvez apprécier. Ce qui se passe dans la réalité n’est pas comme ça. »

Faut-il encore avoir envie de lire des romans, et même des livres. Étonnamment, 42% des diplômés des universités américaines ne liront plus jamais un livre après l’obtention de leur diplôme. Un sondage réalisé en Tunisie – et sans doute généralisable à d’autres pays – a donné des résultats impressionnants : 75 % des sondés ne possédaient pas de livres chez eux, exception faite des livres scolaires et du Coran ; 82 % n’avaient acheté aucun livre dans les douze derniers mois et 77 % n’avaient lu aucun livre dans les douze derniers mois.

Comment donner ou redonner le goût de la lecture aux enfants et aux adolescents ? De nombreuses initiatives existent. Parallèlement, le nombre de romans visant les adolescents s’est accru de manière exponentielle ces dernières décennies.
Et donc, bonne nouvelle, on sait mieux maintenant que lire des romans agit très vite et d’une manière persistante sur le développement cérébral.

Bruno Hourst

Références
Short- and Long-Term Effects of a Novel on Connectivity in the Brain

Source
Reading a Novel Boosts Brain Connectivity
Reading Fiction Improves Brain Connectivity and Function