L’acte créatif est subjectif et extrêmement difficile à évaluer : il est donc difficilement compatible avec le système éducatif que nous connaissons, où la nécessaire « notation » tient une place prépondérante. Car, par définition, l’art nécessite de « sortir de la boîte », donc de sortir de ce qui est juste ou faux. On distingue le copiste de l’artiste, l’interprète du compositeur : le copiste reproduit, l’artiste crée. L’interprète reproduit, le compositeur crée.
Quand un enfant nous dit qu’il veux être artiste, il nous vient souvent à l’esprit l’image de l’artiste raté qui finit dans la misère – pour être parfois reconnu au-delà du raisonnable après sa mort.
Pourtant, c’est le dynamisme de l’artiste, ce besoin passionné de créer, de résoudre le problème et de lui donner une forme, qui est le fondement d’une société créative.
Pour s’attaquer aux problèmes redoutables auxquels nous sommes confrontés – mais cela a sans doute été vrai à toutes les époques – , il faut une créativité, une persévérance et une vision, comportements et qualités qui sont caractéristiques des artistes. Steve Jobs est un exemple souvent cité : bien que n’étant pas artiste au sens strict du terme, il avait toutes les caractéristiques de l’artiste : visionnaire, persévérant dans ses recherches jusqu’à l’obsession, animé par autre chose que l’argent et la renommée.
Il a été souvent remarqué par les chercheurs que l’école tuait la créativité des enfants, ou du moins ne permettait pas son développement et son épanouissement. Lorsque nous proposons aux élèves de faire l’expérience d’une éducation artistique approfondie et de qualité, nous leur donnons un endroit où employer l’énergie formidable qui les anime, nous développons chez eux la créativité, la persévérance et l’envie de sortir du cadre.
Et ce niveau d’engagement favorise un amour de l’apprentissage qui transcende les arts, qu’ils pourront utiliser par la suite de manières extrêmement variées. Rappelons-nous par exemple l’extraordinaire aventure d’El Systema au Venezuela : un exemple exceptionnel de volonté politique au service du développement musical de tous les enfants, pour développer chez eux bien d’autres choses que des talents musicaux.

Bruno Hourst

Références
Comment l’école tue la créativité : Ken Robinson