Pour des chercheurs anglo-saxons, l’une des clés essentielle pour la réussite d’un apprentissage est ce qu’ils appellent « explicit learning », traduit en français par « apprentissage explicite », ce qui n’est pas vraiment clair, avouons-le.

Tentons de mieux cerner cette notion en suivant plusieurs chercheurs – ou plutôt passeurs de recherches, de ces personnes qui s’appuient sur les recherches scientifiques pour les traduire en applications pratiques dans une salle de classe ou de formation.

Le premier est un chercheur néo-zélandais, John Hattie. Depuis plus de 15 ans, il synthétise la recherche et tente d’identifier les facteurs prépondérants et les méthodes les plus efficaces en matière d’éducation et de pédagogie. L’un de ses ouvrages phare, Visible learning for teachers, a été traduit en français par une maison d’édition québécoise, qui n’a pas fait beaucoup d’efforts de traduction du titre : L’apprentissage visible pour les enseignants. Ce livre a provoqué – je dirais comme d’habitude – des réactions prévisibles : un engouement peut-être hors mesures de certains enseignants québécois et francophones, et un tir à boulets rouges de la part de chercheurs français. Quand un auteur parvient à un tel degré de notoriété sur un sujet essentiel, à l’échelle internationale, en accumulant les preuves scientifiques, il semble intéressant de ne pas le mettre trop rapidement à la poubelle – ce qui n’exclue pas une lecture critique de son travail.

John Hattie a entrepris de synthétiser plus de 50.000 études portant sur 250 millions d’élèves – excusez du peu – afin de proposer un état des lieux des données issues de la recherche et de dégager des hypothèses fortes sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas dans une classe.
Parmi quelques grands principes qui, d’après les milliers d’études passées au crible par John Hattie, semblent les plus probants, il y a donc ce qu’il appelle « l’enseignement explicite ».
Voici comment il définit cet enseignement explicite : « Plus les objectifs d’apprentissage de l’enseignant sont transparents, plus l’élève est susceptible de s’engager dans les tâches à accomplir pour les réaliser. Plus l’enfant est conscient des critères de réussite, plus il peut comprendre les actions qui doivent être menées pour les remplir. »
Dit autrement : ne pas prendre l’élève pour un irresponsable qui doit se plier à tout ce que propose l’enseignant, mais faire en sorte qu’il comprenne le pourquoi de ce qu’on lui demande de faire – une manière de se prendre en charge et non de subir ce qui lui est imposé.

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Suivons maintenant deux chercheurs canadiens, Gustave Tagne et Clermont Gauthier.
Ils comparent – opposent ? – l’enseignement explicite aux approches « instructionnistes », caractérisées par un enseignement structuré avec des étapes fortement intégrées.
Dans l’enseignement explicite, l’enseignant cherche à éviter l’implicite et le flou qui pourraient nuire à l’apprentissage.

Quelles sont alors les stratégies que l’enseignant doit utiliser au quotidien pour enseigner explicitement ? D’une manière générale et selon ces chercheurs, ces stratégies passent par les actions de dire, de montrer et de guider les élèves dans leur apprentissage.

  • Dire , au sens de rendre explicites pour les élèves les intentions et les objectifs visés par la leçon.
  • Dire , aussi, au sens de rendre explicites et disponibles pour les élèves les connaissances antérieures dont ils auront besoin.
  • Montrer , au sens de rendre explicite pour les élèves l’accomplissement d’une tâche en l’exécutant devant eux et en énonçant le raisonnement suivi à voix haute.
  • Guider , au sens d’amener les élèves à rendre explicite leur raisonnement implicite en situation de pratique.
  • Guider , aussi, au sens de leur fournir un feed-back approprié, afin qu’ils construisent des connaissances adéquates avant que les erreurs ne se cristallisent dans leur esprit.

La fonction principale de ces stratégies est d’éviter de surcharger la mémoire de travail des élèves, dont on sait maintenant que la capacité est limitée.

Ces deux chercheurs concluent : « Il convient de rappeler que, loin d’être un nouveau dogme, l’enseignement explicite est l’approche pédagogique pour laquelle nous disposons du plus grand nombre de données probantes, qui en montrent l’efficacité pour la plupart des catégories d’élèves, des contextes et des matières à enseigner. (…) Toutefois, il faut reconnaître que les classes de la grande majorité des enseignants n’appartiennent généralement pas ou peu à cette catégorie. Il importe également de mentionner que malgré l’efficacité démontrée de l’enseignement explicite, ce modèle d’enseignement n’occupe encore qu’une place marginale dans nos systèmes éducatifs et dans les facultés d’éducation où règnent les approches constructivistes et leurs dérivés. »

Nous verrons plus en détails dans un autre billet les composantes principales de l’apprentissage explicite.

Bruno Hourst

Références
L’enseignement explicite, une approche structurée pour faciliter l’apprentissage des compétences
L’enseignement explicite : une stratégie d’enseignement efficace en lecture, en écriture et en mathématiques
L’apprentissage visible et efficace : Hattie enfin traduit